
" Aux terres sans noms et sans chiffres
le vent d'autres domaines descendait,
la pluie apportait des cordons célestes
et le dieu des autels spongieux
restituait les fleurs et les vies"
Pablo Néruda, Chant général I,1.
"Etre de ceux qui n'ont jamais cessé d'être
un souvenir qui soudain retrouve enfin
le fil du drame interrompu
au bruit sourd des chaînes
du brigantin frêle
mouillant dans l'aube grise de l'Anse de Klouss
Maskililis
malins qui dansent"
L-G Damas, Black Label, 4.
Notre revue s'inscrit dans une double filiation, presque "naturelle" au vu de notre titre: d'une part la filiation sud américaine d'une littérature qui se constitue dans la métaphore nérudienne des fleuves et du continent irrigué à partir de l'épine dorsale de la Cordillère; d'autre part le relais offert à cette métaphore dans l'écriture damasienne de notre identité amazonienne et guyanaise, "trois fleuves coulent dans mes veines", comme l'écrit L-G Damas aux vers inauguraux de Black Label. .
Nous vous proposons de découvrir sur ce site un ensemble de textes littéraires inédits, tous écrits dans, par et à travers l'espace amazonien. Ses langues, ses mythologies, ses aspérités et ses réalités. Parmi nous, des auteurs déjà publiés - ou primés - d'autres plus anonymes.

Et comme si Dieu avait saigné ...- un poème d'Aina Loane Castor
Au commencement Il n’y eut pas la lumière Mais une faille ouverte Comme si Dieu avait saigné entre deux silences Et des Hommes s’y sont glissés. Ils ont nommé cela « nouveau » Comme si en récitant une prière Le sang pouvait se convertir en vérité Alors le ciel s’est retourné Et dans son souffle : Des Psaumes de fer, Des Évangiles écrits à la cendres Ils disent créer en détruisant Ils prônent le divin en effaçant les visages Et leurs mains traçaient des croix Sur le monde mour

Il suffit d'une minute - un poème d'Erika Bronne, deuxième lauréate du Prix Damas 2026
Ton départ m’a vidé l’estomac, Mon pancréas s’est alourdi. Alors mes mots m’étranglent, Me traînent à terre comme bête vulnérable. Je me bats contre mes rêves Ô diable, quelle idée de vivre les siècles Que mon âme soit imposture. Recrache tes mots en moi en me regardant dans les yeux. Sans ta présence, je suffoque Je me traînerai dans le monde des morts, Je dirai à la famine qu’elle ne me fait point peur, Je me noierai dans les souvenirs éternels, Je ne vivrai pas, je le sais

Ma ville éteint ses étoiles- un poème de Romel Gaspard
Ma ville éteint ses étoiles, comme une mère fatiguée ferme les yeux avant ses enfants. Les rues gardent le silence des rêves abandonnés trop tôt, et les lampadaires tremblent comme des voix qui n’osent plus parler. Dans les fenêtres sans lumière, je cherche encore un signe, une chanson, un sourire resté vivant dans la nuit. Mais malgré l’ombre qui s’étend, un feu minuscule résiste encore dans le cœur des passants. Car même quand la ville éteint ses étoiles, le ciel n’oublie j

Nouveau monde - un poème de Thomas Campbell-Price, troisième lauréat du Prix Damas 2026
Le nouveau monde est présenté comme une promesse incroyable de progrès, de lumière, et d'un avenir parfaitement contrôlé. Tout le monde dit qu'il est nouveau, meilleur, et presque salvateur. Mais nous finissons par oublier qu'il est peut-être ailleurs. Au dos du diable, en fait. Le diable n'a pas de cornes ni de flammes plus, il a changé d'air. Il parle comme un ange, habille comme une star, et se mélange à nos habitudes les plus normales. Il ne nous contraint plus, il nous s

Bri - un poème de Paulmise Corneille, illustration de Sarbajit Sarkar
Gen bri se lajwa li vide nan vwa nou Gen bri se latè ki rekonpanse Gen bri se latè Ki tanmen Gen bri se demen li anbwase mete sou vizaj lafanmi Gen bri se kabann k ap soufri Gen bri se timoun Ki pou se kri lajwa Gen bri se koko K ap chante viv lamàn Bri chak Ayisyen Tchoule pòsyon lanmò Nan : Si se pa pa w, Se pa l, Si se pa li, Se mwen Gen bri ayèmtewèw Nan mitan janm bri Bri Kafoufèy Bri Sitesolèy Bri Matisan Bri Gonayiv Bri Divivye Bri Kwadèboukè Bri Taba Bri Vivimitchèl B

Poème pour une petite Interdite - Paulmise Corneille, illustré par une œuvre de Flore Vaillant
Il a fallu toi pour retomber amoureux et vivre le souffle érotique de quelqu'un. Il m'a fallu toi pour te recoudre par le fil de mon affection. Il a fallu toi pour connaître enfin une fête, sans ta folie, tout n'est qu'un gâchis. Il a fallu toi pour aimer de tout cœur de nouveau. Il a fallu toi Pour dire adieu aux plaisirs douloureux d'hier Il a fallu toi Pour entendre un je t'aime, un tu me manques bourrés de sincérité et de nostalgie Il a fallu toi Pour savoir que je devais

Pleurer- un poème d'Aminata Sen
Chez l'ophtalmologiste, mon ordonnance indique « Collyre rafraîchissant ». « Les glandes lacrymales s'assèchent », selon le médecin. J'imagine mes yeux telles les citernes de ma ville, en quête de pluies bienfaisantes afin que les canaux transportent tout ce qui doit s'écouler. Endurci par les aléas du temps et un apprentissage inflexible, l'œil cherche désormais des raisons de se détendre, de s'humidifier. Rien ne fonctionne. Enfin, presque rien ! La tristesse, la misère, le

Minuit, un chant - poème de James- Son Derisier
Minuit dans mon cœur. Le soleil cogne aux portes de l’enfer. Entre deux mondes inondés de rêves futiles et assoiffés de gloire, je révise mes mots. Qui est celui qui tend sa main au brouhaha des vagues ? Écarte-toi de mon chemin, petit index. Malaxé d’envie. Reviens. Gêne mensongère. Prière pâle sur la tablette des vices. Gémis au son de ta chute. Des gestes vides de clarté. Des paroles crépues de misères. Le soleil cloisonne les dernières gouttes. Il se penche sur l’ombre. U

Salir- un poème d'Ar Guens Jean Mary, illustration de Sarbajit Sarkar
tu m’as parlé d’une nuit d’un autre âge et j’ai compris que les draps ne garderaient plus ta chanson tu m’as nommé, moi et ma défaite d’homme toutes ces guerres qui m’ont mangé lentement comme ce pays de cendres tu sais il y a toujours du Baudelaire quand tu souris comme la mer quelque chose d’ancien qui résiste encore au naufrage ô ta main demeure dans mes secrets comme une lampe basse refusant de s’éteindre j’avoue écrire est une bêtise quand la main est triste devant sa fe

La vie dans les mots -poème et illustration de sarbajit Sarkar
Traduction d'Alexandra Cretté Je cherche ces discours tacites tapis derrière chaque mot et que les mots eux-mêmes oublièrent d'écrire. Les oiseaux et le crépuscule savent la trace de tous les couchants. Les oiseaux, tout comme les hommes, contemplent leur reflet dans l'eau écoulée. Quelqu'un du passé leur demande d’approcher. Quelqu'un de demain leur demande de partir. Les oiseaux et le crépuscule traversent la vie Nourris de graines dispersées dans le grand inconnu . Plusieu

Et si ma mort était actée? - un cadavre exquis par Flora Bourgade, Clément Baj, Ravage, Jennie, Renaud Hubig, Lank, Roddiney.
Quand je mourrai Je briserai toutes fenêtres Qui ne captent pas corps de femmes Quand je mourrai Je voyagerai au gré de vent Sourirai au grand amour Et je combattrai le néant Quand je mourrai J’irai pleurer la vie Et son souffle brutal dans mes cheveux Quand je mourrai Je sèmerai fleurs et graines sur ma tombe Pour n'être jamais seule Quand je mourrai Je verrai enfin ce qui se passe au pays des cerfs volants J’irai m’asseoir sur les nuages Et je serai éclipse s

Quand le silence dit ton nom - un poème de Thameera Manju, traduction par Alexandra Cretté
Même dans l'errance de mes pas, Ton ombre est ma compagne. Quand je sombre dans le silence, tel le calme lac qui hume sous la lune, c'est toi qui surgis en mon cœur. Partout où mon regard se pose tu t'épanouis là-bas, douce, infinie, silencieuse. Les arbres portent ta couleur, les fleurs respirent ton nom. Le ciel bleuit à ton souvenir, et la lune porte ton doux murmure. Même les étoiles se dispersent comme des échos de ta lumière. Tu tisses mon monde. Tu façonnes ma joie.

Une trace vogue à travers le temps – un poème de Sarbajit Sarkar, traduction par Alexandra Cretté
Que laisseras-tu derrière toi ? Grand-mère avait posé la question mais non pas répondu. Or cette nuit-là, un hibou perché au rebord de la fenêtre me fit un clin d'œil et me sourit mystérieusement. Les années ont passé. Et je perçois des voix qui me disent Écoute, ton cœur attend toujours le ciel que tu touchais dans l’enfance Et des images éparses surgissent de nulle part au milieu de la nuit Celles d'un chariot de glaces Celles de jambes allongées sur le fil du trottoir Cell

La rage du raisin mûr - un poème de Smeev Jerry
la nuit aux paupières lourdes crache son venin sous la porte siffle la sourate de ton nom de jeune fille j’ai l’orage baptisant ses nefs de feu doux – n’ayant rien su de tes lingeries en fil de fer – ne sachant ce que tu fais derrière la masse inaccessible de mes phares écrasés, qu’ainsi évoluée la rosée folle de nos boudes – tendre ressemblance à la chorégraphie des lucioles à peine que je te cueille le fruit de la bouche déjà l’abeille de ma phrase qui butine salsa de sens

Le cercle apoétique - L’achronique continu(e) - Saison 2, épisode 1, de Loran Kristian
Comment vous dire ? Il existe différents types de champs de matière mouvante, diverses sortes de plans dessinant de belles lignes de force, je ne vous apprends rien. Certains sont faits pour les cartésiens habitués aux espaces plats et euclidiens, d’autres pour les projectifs préférant les points de fuite à l’infini, ceux qui aiment les surfaces courbes et les grands cercles à tendances elliptiques, d’autres encore pour les amateurs de vies conformes, complexes ou plus discrè

Nos cris dans le bruit des vagues- un poème de James-Son Derisier
J’aime ce déchirement entre le bruit des vagues. Là où l’orage n’est que cloison pour notre valse. À l’air libre du tombeau de douceur de...

Blocs vibrés - un poème de Kerby Vilma
Quand s' é clatera la révolte Nous serons tous créoles Tous taïnos C'est l'heure qui dit son nom au temps de martyrs Peuple...

Palestiniada d'Ali Al Ameri - illustration d'Abdul Hay Mosallam, traduction d'Arwa Ben Dhia
Les histoires ne s'arrêtent jamais. Tout ici, en Palestine, nous raconte une histoire gravée dans la terre : Une pierre près d'un puits...


















